
Après avoir retracé les origines mêmes de la Sainte Union, « l'élan irrésistible » qui a conduit le Père Debrabant à se consacrer à l'éducation des jeunes, et après avoir exposé l'essence du charisme de l'Union - « Afin que vous formiez ensemble une union de cœur, d'esprit et de sentiments, à l'image de Jésus et Marie, en vous efforçant d'imiter leur union et leurs vertus, surtout l'obéissance, la charité, le silence et la simplicité », dans la même lettre circulaire publiée au moment de la première approbation ecclésiastique en 1842, le Père Debrabant dévoile les difficultés que la congrégation naissante a dû affronter, reconnaissant en elles l'action de Dieu qui pose des fondations solides à son œuvre, malgré la faiblesse humaine.
« Déchargé du fardeau du ministère paroissial et occupé exclusivement du gouvernement de la Sainte-Union qui prenait de la consistance et de l'accroissement, j'avais eu la tentation de désirer un peu de repos et de tranquillité; mais Dieu, pour mon salut et le bien de la Congrégation en avait décidé autrement.
Car c'est alors que, sans le prévoir, j'allais au-devant des plus terribles croix ; tribulations accumulées au dehors, persécutions, calomnies sur des points les plus sensibles, afflictions inconsolables au dedans, les douleurs des défections et du schisme ...Démarches actives et animées pour faire tomber sur nous les plus grands maux et entraîner la ruine de 1'Institut.... Que sais-je, enfin : Dieu seul, mes biens chères filles, a vu et mesuré nos souffrances et les affligeantes épreuves auxquelles il lui a plu de nous soumettre.
O vous toutes qui avez gémi et pleuré avec nous, qui avez toujours voulu partager nos peines quand vous les avez connues; bénissez la Providence car c'est par toutes ces épreuves que s'est opérée l'œuvre de la Sainte Union.
C'est le doigt de Dieu et le seul doigt de Dieu qui a tout fait, tout conduit ; c'est Dieu lui-même qui a permis, qui a même voulu qu'en différentes circonstances et de mille manières, la Congrégation fût battue et secouée comme un arbre agité par les plus violentes tempêtes, afin qu'il fût bien prouvé que lui seul en était l'auteur, qu'il fût bien notoire que la Sainte Union est l'ouvrage de Dieu seul, que nous n'avons pu, nous autres, qu'être ses indignes instruments, capables, par nous-mêmes, de gâter ou empêcher son ouvrage.
Qu'il soit à jamais béni pour cette œuvre et pour nous-mêmes, car au milieu de pareilles croix et de semblables épreuves, on reconnaît non seulement l'œuvre de Dieu, mais on apprend aussi à se dépouiller soi-même du vieil homme et à se purifier de ses fautes.
C'est dans ces douloureuses angoisses de l'âme que l'on comprend bien son néant et son indignité, qu'on admire la bonté et la miséricorde de Dieu qui se sert de ce qu'il y a de plus vil au monde pour procurer sa gloire
Bénissez la Providence, mes biens chères filles, bénissez là mille fois; elle vient de sécher nos larmes et de mettre un terme aux longues épreuves de la Congrégation en faisant approuver par Monseigneur, le digne et saint Archevêque de Cambrai, votre cher institut, vos règles et vos constitutions, le rétablissement de la maison de Douai comme maison chef-lieu, ainsi que la solennité de la prise d'habit et de l'émission des vœux sacrés.
Depuis treize ans et demi, vous soupiriez après votre existence en qualité de religieuses; vous existez maintenant, vous êtes au nombre de 100, vous arrivez au nombre de 25 maisons, près de 4.000 élèves y reçoivent le bienfait de l'éducation chrétienne, le plus puissant moyen de salut et, pour ainsi dire, le seul appui de la vertu ».
Extrait de la lettre circulaire sous forme de récit historique sur l'origine, les épreuves et les progrès de la Congrégation de la Sainte Union des Sacrés Cœurs — Adressée par le fondateur à toutes les religieuses, à l'occasion de l'approbation ecclésiastique, le 8 avril 1842.